Publié le 2 Février 2012

 

La sensation de te pénétrer, je la connaissais d’avant.

 

Ce que jamais encore je n’avais senti, la jointure courbe du sexe au bas-ventre ;

cela qui nous séparait, je le porte aujourd’hui au poignet, renversé et définitif.

 

La caméra s’est levée.

Entre toutes les choses du monde, on a zoomé dans un trou, et c’était bien.

 

Nous nous sommes élancées, augmentées l’une par l’autre,

Hermaphrodites enfin,

Portant tuyau.

 

Ceux qui ont dessiné un œil à l’objectif avaient de sales fantasmes.

 

Si j’ai vu les jeunes filles dans les transports publics,

La caméra DV brandie à l’air,

Riantes, indolentes et cambrées,

 

Si j’ai vu les pigistes quadragénaires cuir,

Courbés, concentrés, le visage disparu,

Tout muscle focalisé dans le petit trou,

 

C’est que la caméra est un sexe double.

 

 

Comme je suis heureuse d’être née quand je suis née !

Comme ma main se plaît à toucher l’outil !

Je veux vivre l’invite perforante, le creuset pointu,

Et englober le monde de ce jaillissement !

 

Arbres, visages, grues, tronçonneuses et poneys,

Le tunnel par qui tout passe centrifuge recompose et compresse.

Un film est d’abord une saucisse de réel, à moins d’en être l’étron.

 

 

Enfin récréées, nous nous enfonçons, approfondies l’une par l’autre,

Les sexes annulés,

Immobiles.

 

Machines, constructions des esprits et des corps !

Vous me découvrez !

 

 

Mathilde Nègre

Pour le N°2 de la Revue de Bayonne Arrive

  Dilapider Sans Doutes

Berlin, janvier 2011

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 2 Février 2012

Ô monde vivant ! Ô humanité !

Les Hommes sont là dans la rue, dans les immeubles, les cafés, les entreprises, on peut les voir vivre tels qu’ils sont complexes, tourmentés et gracieux, d’une beauté d’usine, de RER, à les regarder ça fait pleurer à cause de l’amour, de la souffrance, du travail, de la maladie, de la noblesse, de la télévision, des violences portées, des odeur d’arbres et d’essence, de la moquette imprimée et des enfants des autres.

 

Ce qui chez l’Homme surprend de manière répétitive, c’est comme cela dépasse, comme cela échappe et résiste à l’analyse, comme cela invente et se crée soit même.

 

Je n’attends pas autre chose d’un film.

C’est-à-dire qu’il m’aide à voir la Vie,

Lorsque je peine à l’inventer,

Lorsque je suis curieuse,

 

Comme on voyage dans l’étrangeté et qu’on s’y rencontre.

 

            L’académisme, le politiquement correct, le conformisme, le CNC,

participent de l’arrachage de tout ce qui dépasse du cinéma, de tout ce qui touche à la Vie, à l’Homme, pour fonder le Petit Cinéma Médiocre et Stérilisé, dont l’industrie française s’est faite la spécialiste.

 

Il y a une grande complaisance, de la part des réalisateurs, de la part des critiques et des enseignants de cinéma,

Alors que nous sommes face à une SITUATION D’OCCUPATION de l’espace et du temps par des films médiocres, et cela est extrêmement grave, car exposer systématiquement la médiocrité à la place de l’intelligence, du courage, de la fragilité, de toutes les qualités possibles, c’est commettre un acte de censure permanent, c’est éradiquer l’inventivité du cinéma, c’est l’éradiquer lui-même.

REDUIRE LE CINEMA, C’EST REDUIRE LA RICHESSE DE L’HUMANITE

S’il reste des niches écologiques, quelques endroits de cinéma en survie, c’est pauvre, comme une promenade au printemps dans les champs orangés de round up en comptant les mouches.

 

Heureusement que les Hommes vivent en dehors, sans cela par le cinéma on croirait le monde mort, mais c’est faux, ce n’est pas le monde, c’est seulement le monde du cinéma, et ça rend pas triste, parce qu’il est tout dégueulasse et tout pollué.

 

Qu’il crève le cinéma des vieux croûtons qui conseillent d’aller coucher comme un chien sur le paillasson du producteur pour décrocher un stage ! Le cinéma des 3ème assistants, des 2ème assistants, des 1er assistants, du 1er film à 40 ans, restent les opportunistes, les fils-de et les suceurs ! Qu’il crève le cinéma des mecs, des puissants, des autoritaires, le cinéma du poignet et de la bite ! Le cinéma de la fascination, des hiérarchies pyramidales, des écoles d’élite, des stagiaires pas payés, de la pub et du fric, de l’écrasement et de la manipulation !

Il a fait son temps, il va avec cette vieille société, avec le capitalisme qui est moche, qui tousse, et qui n’a plus d’inspiration.

 

            Qu’il disparaisse le cinéma capitaliste !

Nous travaillons déjà au Cinéma du Monde Libre !

           

Chaque jour des films sont fabriqués au sein de collectifs, d’associations, avec des budgets ridicules permis par le matériel numérique et par l’investissement de techniciens et d’acteurs. Des films courts, des clips, et aussi des films longs, qui échappent au processus de censure de la production « aidée » par le CNC et par les TVs, des films réellement indépendants, qui sont des explorations sauvages, des réussites partielles, des films radicalement engagés par leur existence même, et parce qu’ils invitent tous les Hommes à s’approprier le cinéma : les femmes, les noirs, les jeunes, les timides, les pauvres, les salariés, les solitaires, le peuple tout entier.

 

FAIRE DES FILMS LIBRES EST UN ACTE REVOLUTIONNAIRE.

 

C’est un travail difficile, parce que ces films sont fabriqués sans ressources économiques, qu’ils sont condamnés à une existence extrêmement marginale, et donc à une absence de reconnaissance, tant financière que sociale.

Mais le monde de demain se construit aujourd’hui, par ses désirs, et par ses désirs de cinéma. Alors il s’agit de les vivre, et d’en explorer les formes. 

 

Nous pouvons être fiers de produire les films telle qu’ils nous viennent, dans leur violence, leur absurdité, leur tendresse abrupte, et qu’importent les défauts techniques ou d’écriture, pourvu que l’essentiel, la vie, ne soit pas coupée.

 

 

 

Mathilde Nègre

Paris, samedi 27 novembre 2010

Pour L'Argent Pleure Ta Mère

N°1 de la revue de Bayonne Arrive 

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 14 Avril 2011

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Réalisatrice

Musicienne

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 14 Avril 2011

Que meurent les morts et que ceux qui existent vivent !
Le deuil se porte en lumière.

La muse accouplée au monde accouche à répétition d’une réalité approfondie
Dans chaque dimension et matière
Cela crie l’orgasme douloureux du vivant,
Cela proclame le tumultueux mélange,
Tout le grand jeu.

Qu’ils errent les morts !
Qu’ils cherchent aux abords des obscurités des petits chiens à castrer.
Les paillassons resteront vides,
Les pyramides s’effondreront.

Au ciel violent s’impose
La large cheminée d’une centrale nucléaire.
Les grues somnolent au dessus des collines de containers ;
Le vent caresse leurs quatre cheveux balancés.

Nous savons lire dans le ventre ouvert des cargos
Qu’ils meurent !
Notre antiquité sera colossale, et nous filmerons.

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 14 Avril 2011

A cette époque je ne marchais plus,
De peur de tuer les petits animaux et plantes

Dessinant des intuitions d’architecture pour qu’habite l’être inconnu,
Je fis place à la Désinvolture, exigeante et terrible.

De sous l’exigu, elle montrait grimaces, fantasques, œilletons ;
Je m’y penchais.

Le long des lignes de force

L’haleine de son ventre exhibée en plein visage,
Le sexe rouge collé sur la bouche,
Elle caresse les yeux de ses ongles experts.

Comment mesurer la liberté que fait naître sa répugnance ?

Ca monte, ça monte,
Selon les lois naturelles qui prennent les immeubles en terre.

Les oiseaux sont des chiens, les chiens sont des hommes et ils volent.
Nous pouvons être heureux.

 

 

nature morte1

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Rédigé par Mathilde Nègre

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