Publié le 26 Février 2013

 


 

 

« Comme va vite la déchéance du corps »

écrivit-elle

Celle des deux françaises

Qui était malade à ce moment.

 

Elles étaient arrivées

Dans un pays sec et plat

Où les femmes portaient des chaussons

Et des robes de chambres.

Les voyageurs qui traversaient ce pays

Tombaient malades,

Alors à l’hôtel les matelas

Etaient couverts de plastiques.

 

« Pourquoi on ne patauge pas

Dans nos excréments comme les animaux ? »

écrivit-elle,

Faible et malheureuse,

 

Par 7 jours épuisée

épuisée par 8 nuits

D’une diarrhée monstrueuse.

 

Dans ce pays

On entendait

Les robinets cracher

L’eau gargouiller

Constellée

De paillettes noires.

 

Dans son ventre

C’était de la boue,

Crémeuse, coulante,

Orange comme

L’argile des maisons

Orange comme les routes et les champs

Comme la poussière de l’air traversé de lumière,

Grouillante de milliers de fourmis d’or

Qui mangeaient les visages qu’on voyait au travers,

Et les foulards des femmes.

 

Dans son ventre c’était de la boue,

Une boue qui roucoulait,

Une flaque volcanique, explosive,

Un feu intérieur,

Qui brûlait son corps

Rendu blanc,

Son corps devenu mou

Par la malnutrition, la déshydratation,

Et sur les aisselles, le pubis,

Sur les  genoux,

Etaient apparus

Des boutons emplis de pus.

 

« Comme va vite la déchéance du corps »

écrivit-elle

Celle des deux françaises

Qui était malade à ce moment.

 

Puis son ventre dit quelque chose d’impératif,

Dans le langage des bulles.

Elle alla aux toilettes, l’air des toilettes devint sale,

Les toilettes devinrent sales.

Elle se vit

Passer dans le miroir,

Et se dit

« Comme j’ai été diminuée déjà ! »

Elle avait peur de la mort, de la mort qui pue.

 

Elle avait peur de la mort dans cet hôtel moche et cher,

parmi les voyageurs

Malades, français, contents

Parmi les voyageurs

Australiens malades contents

Anglais malades contents,

Italiens malades allemands contents

Qui comptaient les pays en an

Qu’ils avaient pénétrés,

Afghanistan, Iran, Kirghizstan, Azerbaïdjan,

Qui se balançaient des ans,

Qui s’écrasaient,

Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan,

Qui s’écrasaient avec leur tête de diarrhée,

Pakistan, Tadjikistan

Leur tête de vomi,

Les australi-an les améric-an les coré-an les allem-an les français-an

Se racontaient leurs merveilleuses aventures de visas,

De caca,

De visa, de caca, de visas, de caca, etc.

 

La française qui à ce moment

N’était pas malade,

Rêvait des palais antiques

Que bientôt elle allait voir,

 

«  Si près la mythique Samarcande,

Si près Khiva, Boukhara,

Joyaux de l’Orient,

Les princesses, les amours, le miel et le vin,

Les dômes bleus des Medersas

Scintillements du ciel bleu,

Merveilles nées du désert. »

 

La française malade

Ne rêvait pas.

Elle attendait que passe la nuit

Et avec elle

Les culottes sales,

Les draps sales,

La honte et l’ennui.

 

Mais au matin alors que son amie

Lui parlait de rapatriement,

Au matin, sans raison, elle était guérie.

 

Les deux françaises arrivèrent enfin

A Samarcande

Il y avait des dômes bleus,

A l’hôtel

Il y avait deux français qui avaient la diarrhée,

Ça se sentait,

Mais ils étaient contents,

Ils faisaient du macramé.

 

Le soir elles mangèrent du riz jaune,

Et la française qui n’avait pas été malade depuis quelques temps

Passa la nuit à vomir du riz jaune, puis de l’eau acide,

Puis elle vomissait mais il n’y avait plus rien.

 

 

Le 18 décembre au 9B lors de la soirée PAS de projection MAIS... organisée pas le collectif Bayonne Arrive.

VJing : VJ Lui
Musique : Sullivan Coredo
Récit : Mathilde Nègre
Danse : Céline Li
Caméra : Pascal Monthaye


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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 25 Février 2013

 

les-professeurs-anglophones.JPG

 

Les professeurs anglophones avaient organisé un week-end à la campagne, au cours duquel ils firent du tir à l’’arc, burent de l’’alcool et parlèrent des différences entre les accents anglais, australiens, irlandais et américains. Chacun avait apporté sa bouteille et ses biscuits apéritifs, qu’’ils ne partagèrent pas.


Ils s’’étaient mis à rire en évoquant la réflexion raciste qu’’un des professeurs avait eu en classe, une fille aux cheveux longs, bruns et à la peau très blanche, elle avait dit aux enfants mongols mettez vos noms sur les tables pour que je puisse vous différencier les uns des autres. Au début la fille brune s’’était plainte en riant, manifestement il était fréquent que cette anecdote soit racontée, puis assez vite elle s’’était mise à pleurer.
Un garçon et une fille, qui étaient assis sur un des lits et formaient un couple, avaient continué à rire, moins fort et aussi moins gentiment. La brune s’’était levée et était sortie de la yourte.
Une grosse fille avait choisi ce moment pour parler avec une des deux françaises qu’’elle avait totalement ignorée jusque là, que tous avaient totalement ignorées jusque là, pour la raison qu’’on était à la fin du premier mois de l’’année scolaire et que l’’équipe pédagogique était en train de se constituer en tant qu’’équipe, période au cours de laquelle les intrusions

étaient malvenues. La fille grosse expliqua aux deux françaises qu’’elle était professeur d’’histoire et qu’’elle arrivait d’’Angleterre où elle venait de terminer ses études, que ce poste en Mongolie était sa première expérience professionnelle, comme c’’était le cas de la majorité des professeurs présents dans la yourte, dont l’’âge ne dépassait pas les 30 ans,
sauf un cinquantenaire, le seul à boire du vin, qui semblait déjà à l’’écart malgré ses efforts, à qui seule la grosse anglaise avait parlé, mais de cette façon qu’’ont les jeunes intégrés dans un groupe de jeunes de parler à un vieux qui se serait trouvé là, et le vieux lui répondait avec reconnaissance et empressement, ce qui faisait pitié car immanquablement la fille jeune avait sauté sur la première occasion pour changer d’’interlocuteur, le moment où la brune était sortie en pleurant avait constitué cette occasion, alors la fille grosse s’’était tournée vers sa plus proche voisine, l’’une des deux française à qui personne n’’avait adressé la parole jusque là, et le vieux professeur s’’était trouvé seul, exclu, et s’’était resservi du vin d’’une façon lamentable.


Un peu plus tard un blond, qui venait du Canada et enseignait la littérature, était sorti de la yourte pour voir comment allait la fille brune qui avait eu une réflexion raciste en classe.
Elle était encore en train de pleurer, assise dans la nuit, juste devant l’’entrée de la yourte. Il faisait très froid, il s’’était assis à côté d’’elle et lui avait proposé une cigarette. Les françaises avaient connu le canadien via le site couchsurfing parce qu’’il devait les héberger à Oulan Bator, mais le matin de leur arrivée dans la ville, lorsqu’’elles l’’avaient eu au téléphone, il leur avait dit je suis à la campagne vous pouvez m’’y rejoindre, c’’est comme vous voulez, et les françaises, qui arrivaient de Pékin au terme d’’un voyage de deux jours en bus, en jeep et en train, avaient pris un bus, puis un vieux taxi qui était tombé en panne sur le chemin du camp de yourte que leur avait indiqué le canadien, et après qu’’elles aient attendu plusieurs heures, que la nuit et le froid soient arrivés, il était enfin venu les récupérer avec un 4x4 récent et noir conduit par le seul de ses collègues qui était mongol, qui enseignait également en tant qu’’anglophone parce qu’’il avait étudié plusieurs années en Angleterre.
Les deux françaises étaient mal disposées à l’’égard du canadien, qui saisissait toute occasion pour raconter une expérience extraordinaire dans un pays exotique, mais d’’une façon inintéressante et ennuyeuse, ce qui le faisait passer pour une personne à la fois prétentieuse et stupide, ce qu’’il était moins en vérité qu’’une personne profondément triste, et vide, comme on pouvait le remarquer si on le regardait dans ses yeux bleus, ce qu’’aucune des deux françaises n’’avait fait car elles le trouvaient repoussant et fuyaient sa proximité de toutes les manières possibles, ce qui s’’avérait compliqué dans cette yourte isolée, dans ce groupe cohérent d’’anglophones. Cependant lorsque le canadien s’’était levé pour tenir compagnie à la brune qui pleurait dehors, les deux françaises l’’avaient remarqué et avaient tempéré leur jugement, qui était peut-être excessivement dur, et dû en partie à la fatigue du voyage.
La grosse anglaise, après avoir répondu à quelques questions de la française, s’’était levée pour prendre une bière, afin de changer de place poliment. Plus tard les françaises et le mongol avaient engagé la conversation, d’’une façon naturellement solidaire, parce qu’’ils étaient les seuls à n’’être pas anglo-saxons, et au delà, ils se trouvèrent sincèrement sympathiques. Les françaises exprimèrent quelques impressions sur la Mongolie, impressions exagérément positives sur la beauté des paysages et la grandeur de l’’histoire mongole, qui n’’avaient pas de rapport avec ce qu’’elles avaient vu réellement pendant cette première journée –– le bus bondé et sans amortisseurs, les alcooliques sur les bords de la route, la poussière, les nids de poule, la panne et le froid –– parce que leur intention était de valoriser le mongol par rapport aux anglo-saxons.

Ceux-ci avaient été, depuis la première seconde de leur arrivée, globalement antipathiques avec elles, ce qui s’’expliquait par un sentiment qu’’ils avaient en commun et qu’’elles n’’avaient pas, car elles venaient d’’arriver et qu’’elles n’’allaient pas rester, c’’était l’’appréhension de l’’hiver long.


D’’ici une à trois semaines commencerait l’’impossibilité de toute échappée hors d’’Oulan Bator, une odeur noire envelopperait la ville, l’’odeur des déchets en plastique brûlés pour chauffer les yourtes, qui persisterait jusqu’’au printemps. L’’appréhension de l’’hiver épargnait le mongol bien sûr et aussi le canadien, parce que ce dernier était originaire d’’une
grande île désolée, aussi lointaine et désolée que la Mongolie pouvait l’’être.


Des professeurs étaient sortis et fumaient devant la yourte, on entendait des éclats de rire.
Le mongol et le canadien s’’étaient mis à parler des élèves de l’’école privée dans laquelle ils enseignaient, qui n’’était pas la plus chère d’’Oulan Bator.
Le canadien évoqua une scène dont il avait été témoin dans la cour de récréation. Des enfants sautaient à pieds joints sur la tête d’’un camarade inanimé. Il s’’était demandé jusqu’’à quel point les enfants auraient continué sans son intervention.
Les deux françaises ne demandèrent pas si les agresseurs avaient été sanctionnés et comment, ni ce qui était arrivé à la victime.
Mais elles dirent c’’est horrible.
L’’anglaise parla de la violence des enfants mongols d’’une façon générale, puis du fait que les garçons ne pleuraient pas, ou s’’efforçaient de ne jamais pleurer, d’’un garçon en particulier qui avait pleuré en classe, à qui elle avait demandé si il pleurait, qui avait répondu non, alors que manifestement il pleurait, mais il ne voulait pas l’’avouer, et c’’était un garçon qui habituellement jouait au costaud.


Tout le monde se coucha quand l’’ambiance fut devenue vraiment morne, ce qui n’’arriva pas très tard. Le lendemain il y eu des toasts et des œœufs au petit déjeuner. Une des françaises voulut s’’approcher des chevaux, mais ceux-ci s’’éloignaient a mesure qu’’elle avançait, jusqu’’à ce qu’’elle renonce. Sur le chemin du retour elles virent des yacks, alors elles demandèrent au chauffeur de s’’arrêter pour prendre des photos, parce qu’’elles n’’avaient jamais vu de yacks, ou elles l’’avaient oublié, ou elles en avaient vu seulement au zoo. Plus loin des aigles étaient attachés à des piquets, et là elles prirent des photos sans descendre de la voiture.



30-11-2012 - Mathilde Nègre / photo Noë Lui

Publié dans le N°6 de L'Argent Pleure Ta Mère


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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 18 Février 2013

 

 

Vidéo clip

Sullivan Coredo / Mathilde Nègre

 

 

Mariana, quand je regarde dans tes yeux

 Mariana, quand je regarde dans tes yeux

 

Dis-moi mon amour qu'est-ce que tu vois

Quand tu regardes dans mes yeux



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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 7 Février 2013

   

La vidéo de la soirée du 18 décembre 2012

PAS de projection MAIS...

organisée par Bayonne Arrive au 9B à Paris !!!

 

Images : Pascal Monthaye

Montage : Laurent Jarrige


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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 1 Février 2013

pique_nique_chez_pinault--2-.JPG

 

François Pinault est depuis 2006 le 2ème actionnaire du groupe VINCI. Sa holding Artémis, également actionnaire de Bouygues, autre géant du BTP bien connu, a acquis près de 12 millions de titres du bétonneur de Notre-Dame-des-Landes ! Alors quand on a appris que Pinault représentait à lui seul 5% du capital de Vinci, on s'est dit que ça méritait bien un pique-nique sur la pelouse de son château !
Sans attendre d'y être invitéEs, nous nous sommes renduEs à quelques unEs sur le domaine de la Mormaire et, profitant d'une porte ouverte, nous sommes dirigéEs vers le parvis du château où nous avons déployé une banderole, avant de partager quelques morceaux de quiche et quelques bières artisanales made in ZAD.
Pour dire toute la vérité, nous ne nous sommes pas attardéEs. Après avoir expliqué l'objet de notre présence aux employéEs du (multi)milliardaire (sa fortune personnelle est de 8,1 milliards d'euros, soit 472 000 années de SMIC), nous sommes très vite repartiEs en criant quelques slogans bien à propos : « Pinault, pollueur, voleur, expropriation ! » Rien de bien méchant en somme...
Pinault et ses acolytes de Vinci, eux, ne se gênent pas pour projeter la destruction de 2000 hectares de bocages et de terres agricoles pour y construire un aéroport inutile et coûteux. Ils ne s'offusquent pas non plus du fait que des centaines d'hommes en uniforme violent quotidiennement les propriétés des habitants de la zone pour les en exproprier par la force. Ils ne sont pas gênés, de manière générale, du fait qu'ils contribuent au désastre écologique et à la destruction lente et irrémédiable de nos espaces de vie et de notre atmosphère.
Nous, pique-niqueur/euses du dimanche, résistantEs en bottes crasseuses, hordes indisciplinées et fières de l'être, revendiquons notre impertinente intrusion sur la modeste propriété du patron de Pinault-Printemps-Redoute.
Pour autant, nous regrettons que de jeunes randonneur/euses aient eu à subir la répression à notre place. En effet, 16 personnes de 17 à 20 ans ont été interpelléEs (info AFP reprise par divers média) sur un chemin de campagne et maintenues en garde-à-vue durant 45 heures, subissant auditions et relevés d'empreintes digitales et génétiques.
InculpéEs pour « violation de domicile » et « menaces de mort », ainsi que pour « refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques » et « refus de se soumettre aux prélèvements biologiques » pour certainEs, ils et elles comparaîtront les 28 février 2013 à 9h30 devant le Juge des Enfants au TGI de Paris et le 11 mars 2013 à 14h devant la 7ème chambre D du TGI de Versailles.
Nous, militantEs de tous âges, agissant en conscience et en accord avec nos principes, exprimons toute notre solidarité avec les inculpéEs et appelons chacunE à nous rejoindre dans notre lutte déterminée contre Vinci et son monde, contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et contre tous les autres Grands Projets Inutiles et Imposés !
Des personnes du collectif parisien de soutien à la lutte contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 22 Janvier 2013

 


 

 

Je suis humide

Je frôle l’algue

Le lichen bleu

 

Je suis froide

Sous l’herbe

Les joues contre les radicelles

Les yeux frais

 

Le sel et le feu

Ne m’embaument pas

Comme toi

Ô homme

Anhistorique

 

Le sel et le feu

Me tuent

 

Mmm

Je vais fumer

Mmm

Je vais fumer

 

J’ai nagé dans la terre

Pour trouver quel mollusque

Je t’ai vu

De sous la surface

Former des arabesques

Lourdes de blancheur

Et qui rampent

 

Car les plantes aussi fument

 

Tu prépares la mort

Par plaisir,

Tu t’es tatoué des cernes

Pour faire peur

 

Mais rien n’assèche tes yeux

Car tu le possèdes

Ton sexe couché  

Allongé comme moi

 

Mmm

Je vais fumer

Mmm

Je vais fumer

 

Toutes les choses aquatiques

De mes poumons

Vont sécher

S’échapper en poussière

Dans l’air jaune

Et moi je serai au dessus de ta tête.

 

Je vais fumer

Mmm

Mmm

Je vais fumer

 

 

Paris, janvier 2013

Texte : Mathilde Nègre

Musique : Sullivan Coredo / Mathilde Nègre

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 8 Janvier 2013

 

En quoi les arguments des défenseurs du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ne justifient en rien la destruction de toute une région de bocage ?
Cette vidéo rend compte de la prise de position de l'ARS-Combat contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dans le contexte de la lutte contre l'artificialisation des sols.

Le 4 janvier 2013

 

Voir la vidéo

 

 

Rousty parle de Notre-Dame-des-Landes et de l'histoire de la ZAD.

Le 28 décembre 2012

 


 

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Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 19 Décembre 2012

 

voir le film

 

Tragédie

 

 

D’après les métamorphoses d’Ovide

Images des oeuvres de Juliette et de Jacques Damville

 


Myrrha-et-mouches-copy2.jpg

 

 

VOIX DE MYRRHA

 

Je te raconte un rêve,

Que je fais chaque nuit,

Je fais l’amour avec mon père sur le tas de fumier du jardin, et ma mère nous voit.

 

Je suis sous lui,

Les épaules, les cuisses contre la matière juteuse,

A chaque mouvement monte une puanteur d’excrément, de déchets fermentés,

Et un bruit mouillé.

Son sexe se glisse dans mon ventre,

Je dis non, il ne faut pas, tu es mon père, ma mère nous regarde, et je jouis.

 

Les détails chaque fois se précisent de sa peau, de son odeur,

Non plus un rêve, c’est un souvenir qui se construit, et je crois l’avoir vécu.

 

Au matin je reçois de mon père, de ma mère, un baiser sur le visage.

 

Puis je mange à leur table.

 

*          *           *

 

Avec mon corps neuf était venu

Le désir très fort,

Aussi précis que mes poils et mes seins,

Le désir de mon père.

 

Ma mère voulait croire

Que j’étais amoureuse d’un certain garçon,

Assez médiocre de visage et d’intelligence,

Et m’encourageait

A coucher avec lui.

 

Mais j’avais déjà le cœur rempli d’amour,

Qui me rendait les joues chaudes, la nuque grandie,

Honteuse et secrète.

Aussi bénéficiais-je d’une réputation de fille sage.

 

En vérité je nourrissais mes sentiments monstrueux.

Pas un jour ne se passait sans que je touche mon sexe,

M’abandonnant avec délices à la pensée du corps interdit,

Pas un jour ne s’écoulait sans que grandisse ma haine,

Hallucinante, contre la femme qui m’élevait.

 

Lorsque le garçon à qui ma mère me destinait est mort,

La folie qui couvait en elle a éclos en une fleur inversée.

Alors les sentiments se sont précipités.

Ce qui est arrivé est arrivé très vite,

Comme si tout avait été depuis longtemps préparé.

 

 

*          *          *

 

Ma mère s’approche de moi,

Son visage crispé s’apprête aux larmes,

elle dit :

 

« Myrrha ton amant est mort il a été tué.

Son sang qui s’échappait de lui par le ventre,

Myrrha ton amant est mort tu ne le verras plus,

Ni son cadavre car il est mort loin.

 

Ma petite fille ma petite ma petite fille,

Comme je te plains,

Comme ta douleur me touche

Viens mon amour contre mon sein,

Pauvre chérie il est mort

Il a été tué dans un accident terrible,

Un terrible accident de la route,

Tu ne le verras plus ni son cadavre,

 

Car cela s’est passé dans un pays étranger.

Tu ne pleures pas tu ne peux pas pleurer c’est le choc,

Viens que je te serre contre moi,

Très fort,

Viens dans les bras de ta mère

Qui veut prendre ton chagrin

Si tu ne peux pas pleurer regarde

Mes yeux pleurent à la place des tiens,

Mes larmes sortent de ton cœur,

Que tu es malheureuse

Mon dieu c’est terrible,

Quel malheur

Comme tu souffres. »

 

Je dis

« AAAAAAH »

Un cri très fort dans son oreille pour lui faire mal,

 

Elle met ses mains sur moi,

Elle m’attrape les bras je crie,

Elle colle son visage sur mon visage elle est toute humide toute chaude,

Maman, comme je te hais,

Elle me serre contre sa poitrine elle me fait mal elle m’étouffe

Je pleure.

 

carcasse-bleue.jpg

 

 

*          *           *

 

 

Pour ne pas la voir j’ai fait semblant de dormir pendant des jours.

 

Ma mère rôde autour de ma chambre,

Toutes attentions tendues vers moi

A transpercer les murs.

 

Je fais semblant de dormir, et je pense à elle.

 

J’enfonce mes doigts dans ses yeux

Jusqu’à ce qu’ils crèvent,

Jusqu’à ce qu’ils laissent échapper leur jus noir, épais,

 

Mes ongles écorchent la peau de ses cuisses,

Mes poings frappent l’intérieur de son ventre,

Mes mâchoires mordent son cou, jusqu’au sang que ma bouche crache,

Je m’enfonce toute entière en elle pour la vider,

Qu’elle soit séparée en morceaux,

Ouverte et vide comme un étui éventré comme un sac vide déchiré.

 

De ma chambre s’ouvre la porte,

Entre ma mère et sa tête de chien.

 

La haine sortie de moi forme un nuage vénéneux,

Acide, rouge et brûlant.

Elle s’approche de mon lit,

Les yeux brillants,

Le visage humide.

 

Son haleine est atroce, douçâtre

Elle sent la maladie,

J’ai peur qu’elle bave sur moi,

J’ai peur qu’elle s’allonge sur moi,

Je retiens ma respiration pour éviter son souffle.

 

Elle met un baiser sur ma joue,

A cet endroit ma peau se révulse,

Et rejette une vapeur dense et noire.

 

Elle tient là sa tête de chienne mouillée,

Son corps lourd et bruyant contre le mien.

 

Je ne bouge pas je fais le cadavre je fais la morte

Et je nourris ma haine.

 

Je pense à la tuer,

Avec mes ongles et mes dents.

 

Puis, couverte de son sang et nue, je cours au ruisseau me laver dans l’eau fraîche

Je frotte mon corps avec les herbes dures du marécage,

Il rougit à respirer l’air extérieur,

Egratigné par les ronces, brûlé par les orties,

Les pieds bleus enfoncés dans la vase,

Il est jeune et vivant, mon corps, il pleut sur lui,

Et je sens chacun des muscles et toute la force qui est en moi.


 

*           *           * 

 

Il est venu par derrière moi,

Mon père,

Il a mis ses mains fortes autour de ma taille, descendu le long des hanches doucement,

Avec les doigts qui me modelaient.

De ses paumes a coulé une chaleur vivante qui a pénétré dans mon ventre.

 

Il est venu par derrière moi,

Mon père,

Et mon ouvrage est tombé par terre.

Alors il s’est reculé, il s’est assis et m’a observée.

 

A ce moment il a tout su de moi.

Pourtant

Il ne m’a pas éloigné.

Il a continué les baisers, les caresses.

Chaque jour il a mis ses mains chaudes sur mon corps.

 

 

*           *           *


Mes parents ne s’aiment pas.

 

J’étais un monstre et ils jouaient aux aveugles en me caressant la tête.

J’étais une poule qui couvait le mal, ils m’ont laissé l’œuf et ils m’ont donné du grain.

J’étais un ennemi blessé, ils m’ont soigné, ils m’ont donné une arme et m’ont tourné le dos.

J’étais un serpent vénéneux caché dans un trou, ils ont mis la main et m’ont touchée.

 

Mes parents ne s’aiment pas.

 

Mon vice s’est nourri de leur désamour.

 

 

*           *           *

 

Ma mère était partie en voyage,

Quand mon père a reçu cette lettre :

 

« Je vous regarde souvent

Sans que vous me puissiez voir,

Nourrissant de l’amour avec vous

Un désir irrépressible.

S’il vous plaît de me rencontrer,

Éteignez vos lumières, laissez la porte ouverte,

Chez vous, ce soir, à minuit.

Je viendrai nue dans votre chambre obscure,

Afin que vous touchiez mon corps.

Si comme je le crois, je suis née pour vous plaire,

Nous pourrons nous aimer jusqu’avant le jour.

Au matin quand j’aurai disparu,

Vous n’aurez connu

Ni mon visage ni ma voix,

Et si vous voulez,

Il s’agira d’un songe. »

 

*           *           *

 

 

Je le savais que nos corps s’aiment.

 

Il a prié l’inconnue de venir la nuit suivante.

 

Je le savais.

 

Puis la nuit d’après.

 

Et la prochaine nuit aussi.

 

Chaque nuit.

 

Aimer à ce point, si totalement, si totalement, c’est fou.

 

 

*           *           *


Nous avons fait semblant, moi d’être muette, lui d’être sourd,

Et tous deux aveugles.

 

Dans cette demi-obscurité nous avons joué aux animaux,

Au poisson glissant, à l’oiseau pointu, au mollusque doux,

Nous avons touché le cheval et même l’éléphant,

Nous étions beaux c’était terrible comme nous nous aimions.

 

Mais une nuit c’était la dernière nuit ; ma mère allait revenir.

 

Certainement je voulais mourir.

Comment imaginer le lendemain ?

 

Nous étions enlacés, serrés dans un seul corps.

Mais larmes coulaient sur lui.

J’ai dit « c’est la dernière nuit ».

 

Il a entendu ma voix.

 

Il a vu mon visage.

 

Sous la lumière du plafonnier, debout au bord du lit défait,

Il était gris, ses yeux éteints, il était froid,

Quelqu’un d’autre.

 

Il n’était pas là, ni mon père, ni l’amant.

J’ai eu si peur !

J’ai couru pieds nus dans la nuit en suivant la route, puis j’ai entendu venir la voiture.

Alors j’ai sauté dans le fossé, et rampé sous les barbelés dans la forêt hideuse.

Jusqu’au jour j’ai marché, sans m’arrêter à cause du noir et du bruit des bêtes.


 

*           *            *

 

Il fallait me tuer pendant l’amour. Maintenant, je ne veux plus mourir.

Je ne regrette rien, sauf d’avoir souffert de mon désir,

Quand je sais que nous étions faits l’un pour l’autre, depuis le commencement.

 

Ici j’ai eu le temps de me souvenir de tout,

Et de comprendre la nature des êtres,

Que la proximité des apparences m’avait cachée.

 

Ma mère, par exemple, ne m’apparaît plus

Que sous la forme d’un silure,

Cet horrible poisson-ventouse.

C’est ainsi que nous ne nous ressemblons pas.

Ni les cheveux, ni le nez, ni la bouche, ni aucune partie du corps.

De son ventre je suis venue, mais je n’ai rien reçu d’elle. Elle n’a été qu’un récipient.

Si je suis née, c’est du désir d’amour que mon père a eu, si fort, qu’il a pris forme et vie.

Je me souviens d’avant ma naissance. Je me nourrissais par le sexe de mon père.

Pour cette raison, il fallait qu’il jouisse dans ma mère plusieurs fois par jour. Il n’avait jamais eu autant de plaisir à faire l’amour, parce qu’il me sentait à l’intérieur sur son sexe.

 

Pendant les quinze années suivantes, mon père a attendu que mon corps atteigne sa parfaite mesure, avant de connaître l’orgasme.

 

Aujourd’hui que je porte son fils,

Je n’ai plus peur, car je ne mourrai plus.

 

*           *           *

 

 

 

Le premier jour, voulant sortir de la forêt, je me suis trouvée encerclée par les punaises et les araignées tigre. J’en ai pleuré dans les herbes hautes, de ne pouvoir ni avancer ni reculer, et dans mes rêves des serpents verts étaient pendus aux branches.

 

Le deuxième jour il a plu, j’ai couru dans la forêt, j’ai mangé la pluie et des herbes, puis j’ai vomi dans l’eau.

 

Ensuite je n’ai pas compté les jours.

J’ai compris que

Si je ne bouge pas, les bêtes deviennent aveugles et passent.

 

Alors j’ai trouvé le plus bel endroit de la forêt, qui fait comme un creux et lumineux,

Il donne envie de dormir, à cause des mousses, et d’une source qui rend l’air frais.

Il donne envie de faire l’amour.

Je suis restée là à l’attendre, mon père, qui viendra pour me tuer.

Il arrivera un soir avec son fusil, au moment où les rayons oranges du soleil se penchent et caressent les racines des arbres, il verra luire la source sombre.

Immobile, je le regarderai.

Il voudra s’étendre sur les mousses pour se reposer. Il viendra jusqu’à moi sans me voir et s’assoupira à mes pieds.

Quand il sera endormi je l’attacherai, il sera mon époux pour toujours, et notre fils sera parfaitement beau, aussi parfait que le moment d’amour qui l’engendra.

 

 

 

Mathilde Nègre

Paris, vendredi 5 août 2011

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Publié le 30 Novembre 2012

Rédigé par Mathilde Nègre

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Publié le 30 Novembre 2012

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Baganuur, Mongolie

 

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Baganuur, Mongolie

 

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Gotov, Mongolie

 

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Tanga, Mongolie

 

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Kashgar, Chine

 

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John, Gulnara guesthouse, Tashkent, Uzbekistan

 

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Mer d'Aral, Moynaq, Uzbekistan

 

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Oybek Hotel, Moynaq, Uzbekistan

 

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Garçonnière, Beyneu, Kazakhstan

 

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