Publié le 19 Décembre 2012

 

voir le film

 

Tragédie

 

 

D’après les métamorphoses d’Ovide

Images des oeuvres de Juliette et de Jacques Damville

 


Myrrha-et-mouches-copy2.jpg

 

 

VOIX DE MYRRHA

 

Je te raconte un rêve,

Que je fais chaque nuit,

Je fais l’amour avec mon père sur le tas de fumier du jardin, et ma mère nous voit.

 

Je suis sous lui,

Les épaules, les cuisses contre la matière juteuse,

A chaque mouvement monte une puanteur d’excrément, de déchets fermentés,

Et un bruit mouillé.

Son sexe se glisse dans mon ventre,

Je dis non, il ne faut pas, tu es mon père, ma mère nous regarde, et je jouis.

 

Les détails chaque fois se précisent de sa peau, de son odeur,

Non plus un rêve, c’est un souvenir qui se construit, et je crois l’avoir vécu.

 

Au matin je reçois de mon père, de ma mère, un baiser sur le visage.

 

Puis je mange à leur table.

 

*          *           *

 

Avec mon corps neuf était venu

Le désir très fort,

Aussi précis que mes poils et mes seins,

Le désir de mon père.

 

Ma mère voulait croire

Que j’étais amoureuse d’un certain garçon,

Assez médiocre de visage et d’intelligence,

Et m’encourageait

A coucher avec lui.

 

Mais j’avais déjà le cœur rempli d’amour,

Qui me rendait les joues chaudes, la nuque grandie,

Honteuse et secrète.

Aussi bénéficiais-je d’une réputation de fille sage.

 

En vérité je nourrissais mes sentiments monstrueux.

Pas un jour ne se passait sans que je touche mon sexe,

M’abandonnant avec délices à la pensée du corps interdit,

Pas un jour ne s’écoulait sans que grandisse ma haine,

Hallucinante, contre la femme qui m’élevait.

 

Lorsque le garçon à qui ma mère me destinait est mort,

La folie qui couvait en elle a éclos en une fleur inversée.

Alors les sentiments se sont précipités.

Ce qui est arrivé est arrivé très vite,

Comme si tout avait été depuis longtemps préparé.

 

 

*          *          *

 

Ma mère s’approche de moi,

Son visage crispé s’apprête aux larmes,

elle dit :

 

« Myrrha ton amant est mort il a été tué.

Son sang qui s’échappait de lui par le ventre,

Myrrha ton amant est mort tu ne le verras plus,

Ni son cadavre car il est mort loin.

 

Ma petite fille ma petite ma petite fille,

Comme je te plains,

Comme ta douleur me touche

Viens mon amour contre mon sein,

Pauvre chérie il est mort

Il a été tué dans un accident terrible,

Un terrible accident de la route,

Tu ne le verras plus ni son cadavre,

 

Car cela s’est passé dans un pays étranger.

Tu ne pleures pas tu ne peux pas pleurer c’est le choc,

Viens que je te serre contre moi,

Très fort,

Viens dans les bras de ta mère

Qui veut prendre ton chagrin

Si tu ne peux pas pleurer regarde

Mes yeux pleurent à la place des tiens,

Mes larmes sortent de ton cœur,

Que tu es malheureuse

Mon dieu c’est terrible,

Quel malheur

Comme tu souffres. »

 

Je dis

« AAAAAAH »

Un cri très fort dans son oreille pour lui faire mal,

 

Elle met ses mains sur moi,

Elle m’attrape les bras je crie,

Elle colle son visage sur mon visage elle est toute humide toute chaude,

Maman, comme je te hais,

Elle me serre contre sa poitrine elle me fait mal elle m’étouffe

Je pleure.

 

carcasse-bleue.jpg

 

 

*          *           *

 

 

Pour ne pas la voir j’ai fait semblant de dormir pendant des jours.

 

Ma mère rôde autour de ma chambre,

Toutes attentions tendues vers moi

A transpercer les murs.

 

Je fais semblant de dormir, et je pense à elle.

 

J’enfonce mes doigts dans ses yeux

Jusqu’à ce qu’ils crèvent,

Jusqu’à ce qu’ils laissent échapper leur jus noir, épais,

 

Mes ongles écorchent la peau de ses cuisses,

Mes poings frappent l’intérieur de son ventre,

Mes mâchoires mordent son cou, jusqu’au sang que ma bouche crache,

Je m’enfonce toute entière en elle pour la vider,

Qu’elle soit séparée en morceaux,

Ouverte et vide comme un étui éventré comme un sac vide déchiré.

 

De ma chambre s’ouvre la porte,

Entre ma mère et sa tête de chien.

 

La haine sortie de moi forme un nuage vénéneux,

Acide, rouge et brûlant.

Elle s’approche de mon lit,

Les yeux brillants,

Le visage humide.

 

Son haleine est atroce, douçâtre

Elle sent la maladie,

J’ai peur qu’elle bave sur moi,

J’ai peur qu’elle s’allonge sur moi,

Je retiens ma respiration pour éviter son souffle.

 

Elle met un baiser sur ma joue,

A cet endroit ma peau se révulse,

Et rejette une vapeur dense et noire.

 

Elle tient là sa tête de chienne mouillée,

Son corps lourd et bruyant contre le mien.

 

Je ne bouge pas je fais le cadavre je fais la morte

Et je nourris ma haine.

 

Je pense à la tuer,

Avec mes ongles et mes dents.

 

Puis, couverte de son sang et nue, je cours au ruisseau me laver dans l’eau fraîche

Je frotte mon corps avec les herbes dures du marécage,

Il rougit à respirer l’air extérieur,

Egratigné par les ronces, brûlé par les orties,

Les pieds bleus enfoncés dans la vase,

Il est jeune et vivant, mon corps, il pleut sur lui,

Et je sens chacun des muscles et toute la force qui est en moi.


 

*           *           * 

 

Il est venu par derrière moi,

Mon père,

Il a mis ses mains fortes autour de ma taille, descendu le long des hanches doucement,

Avec les doigts qui me modelaient.

De ses paumes a coulé une chaleur vivante qui a pénétré dans mon ventre.

 

Il est venu par derrière moi,

Mon père,

Et mon ouvrage est tombé par terre.

Alors il s’est reculé, il s’est assis et m’a observée.

 

A ce moment il a tout su de moi.

Pourtant

Il ne m’a pas éloigné.

Il a continué les baisers, les caresses.

Chaque jour il a mis ses mains chaudes sur mon corps.

 

 

*           *           *


Mes parents ne s’aiment pas.

 

J’étais un monstre et ils jouaient aux aveugles en me caressant la tête.

J’étais une poule qui couvait le mal, ils m’ont laissé l’œuf et ils m’ont donné du grain.

J’étais un ennemi blessé, ils m’ont soigné, ils m’ont donné une arme et m’ont tourné le dos.

J’étais un serpent vénéneux caché dans un trou, ils ont mis la main et m’ont touchée.

 

Mes parents ne s’aiment pas.

 

Mon vice s’est nourri de leur désamour.

 

 

*           *           *

 

Ma mère était partie en voyage,

Quand mon père a reçu cette lettre :

 

« Je vous regarde souvent

Sans que vous me puissiez voir,

Nourrissant de l’amour avec vous

Un désir irrépressible.

S’il vous plaît de me rencontrer,

Éteignez vos lumières, laissez la porte ouverte,

Chez vous, ce soir, à minuit.

Je viendrai nue dans votre chambre obscure,

Afin que vous touchiez mon corps.

Si comme je le crois, je suis née pour vous plaire,

Nous pourrons nous aimer jusqu’avant le jour.

Au matin quand j’aurai disparu,

Vous n’aurez connu

Ni mon visage ni ma voix,

Et si vous voulez,

Il s’agira d’un songe. »

 

*           *           *

 

 

Je le savais que nos corps s’aiment.

 

Il a prié l’inconnue de venir la nuit suivante.

 

Je le savais.

 

Puis la nuit d’après.

 

Et la prochaine nuit aussi.

 

Chaque nuit.

 

Aimer à ce point, si totalement, si totalement, c’est fou.

 

 

*           *           *


Nous avons fait semblant, moi d’être muette, lui d’être sourd,

Et tous deux aveugles.

 

Dans cette demi-obscurité nous avons joué aux animaux,

Au poisson glissant, à l’oiseau pointu, au mollusque doux,

Nous avons touché le cheval et même l’éléphant,

Nous étions beaux c’était terrible comme nous nous aimions.

 

Mais une nuit c’était la dernière nuit ; ma mère allait revenir.

 

Certainement je voulais mourir.

Comment imaginer le lendemain ?

 

Nous étions enlacés, serrés dans un seul corps.

Mais larmes coulaient sur lui.

J’ai dit « c’est la dernière nuit ».

 

Il a entendu ma voix.

 

Il a vu mon visage.

 

Sous la lumière du plafonnier, debout au bord du lit défait,

Il était gris, ses yeux éteints, il était froid,

Quelqu’un d’autre.

 

Il n’était pas là, ni mon père, ni l’amant.

J’ai eu si peur !

J’ai couru pieds nus dans la nuit en suivant la route, puis j’ai entendu venir la voiture.

Alors j’ai sauté dans le fossé, et rampé sous les barbelés dans la forêt hideuse.

Jusqu’au jour j’ai marché, sans m’arrêter à cause du noir et du bruit des bêtes.


 

*           *            *

 

Il fallait me tuer pendant l’amour. Maintenant, je ne veux plus mourir.

Je ne regrette rien, sauf d’avoir souffert de mon désir,

Quand je sais que nous étions faits l’un pour l’autre, depuis le commencement.

 

Ici j’ai eu le temps de me souvenir de tout,

Et de comprendre la nature des êtres,

Que la proximité des apparences m’avait cachée.

 

Ma mère, par exemple, ne m’apparaît plus

Que sous la forme d’un silure,

Cet horrible poisson-ventouse.

C’est ainsi que nous ne nous ressemblons pas.

Ni les cheveux, ni le nez, ni la bouche, ni aucune partie du corps.

De son ventre je suis venue, mais je n’ai rien reçu d’elle. Elle n’a été qu’un récipient.

Si je suis née, c’est du désir d’amour que mon père a eu, si fort, qu’il a pris forme et vie.

Je me souviens d’avant ma naissance. Je me nourrissais par le sexe de mon père.

Pour cette raison, il fallait qu’il jouisse dans ma mère plusieurs fois par jour. Il n’avait jamais eu autant de plaisir à faire l’amour, parce qu’il me sentait à l’intérieur sur son sexe.

 

Pendant les quinze années suivantes, mon père a attendu que mon corps atteigne sa parfaite mesure, avant de connaître l’orgasme.

 

Aujourd’hui que je porte son fils,

Je n’ai plus peur, car je ne mourrai plus.

 

*           *           *

 

 

 

Le premier jour, voulant sortir de la forêt, je me suis trouvée encerclée par les punaises et les araignées tigre. J’en ai pleuré dans les herbes hautes, de ne pouvoir ni avancer ni reculer, et dans mes rêves des serpents verts étaient pendus aux branches.

 

Le deuxième jour il a plu, j’ai couru dans la forêt, j’ai mangé la pluie et des herbes, puis j’ai vomi dans l’eau.

 

Ensuite je n’ai pas compté les jours.

J’ai compris que

Si je ne bouge pas, les bêtes deviennent aveugles et passent.

 

Alors j’ai trouvé le plus bel endroit de la forêt, qui fait comme un creux et lumineux,

Il donne envie de dormir, à cause des mousses, et d’une source qui rend l’air frais.

Il donne envie de faire l’amour.

Je suis restée là à l’attendre, mon père, qui viendra pour me tuer.

Il arrivera un soir avec son fusil, au moment où les rayons oranges du soleil se penchent et caressent les racines des arbres, il verra luire la source sombre.

Immobile, je le regarderai.

Il voudra s’étendre sur les mousses pour se reposer. Il viendra jusqu’à moi sans me voir et s’assoupira à mes pieds.

Quand il sera endormi je l’attacherai, il sera mon époux pour toujours, et notre fils sera parfaitement beau, aussi parfait que le moment d’amour qui l’engendra.

 

 

 

Mathilde Nègre

Paris, vendredi 5 août 2011

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 30 Novembre 2012

Rédigé par Mathilde Nègre

Repost0

Publié le 30 Novembre 2012

moto--Baganuur--Mongolie.JPG

Baganuur, Mongolie

 

neige--Baganuur--Mongolie.JPG

Baganuur, Mongolie

 

Gotov--Mongolie.JPG

Gotov, Mongolie

 

Tanga--Mongolie.JPG

Tanga, Mongolie

 

kashgar-ok.JPG

Kashgar, Chine

 

John--Gulnara-guesthouse--Tashkent--Uzbekistan.JPG

John, Gulnara guesthouse, Tashkent, Uzbekistan

 

Aral-sea--Moynaq-Uzbekistan.JPG

Mer d'Aral, Moynaq, Uzbekistan

 

Oybek-Hotel--Moynaq-Uzbekistan.JPG

Oybek Hotel, Moynaq, Uzbekistan

 

garconniere--Beyneu-Kazakhstan-.JPG

Garçonnière, Beyneu, Kazakhstan

 

Lire la suite

Repost0

Publié le 18 Novembre 2012

 

1 -

Andréa tu comprends je ne veux pas

L’entendre respirer de l’autre côté du mur

Je ne veux pas sentir ses rêves derrière la porte

 

2 -

Il m’a dit : quand je t’embrasse je les embrasse tous.

 

3 -

cables

 

4 -

La danse de l’oiseau déjà mort

 

-       C’est lui ?

-       Non – ça aurait pu être lui

Mais il est trop grand.

Celui-là fait peur. Il ne faisait pas peur

Il était plus petit plus gros plus vieux plus laid.

Il avait une tête drôle

(celui qui m’a manipulée)

 

5 -

mere devorante 3b

 

6 -

- Je t’aime Je t’aime Je t’aime Je t’aime

Dit-il alors qu’on s’embrasse sur le carrelage de l’entrée la tête contre le sac poubelle

Puis

- C’est une torture si je te suce sans te faire l’amour ?

 

7 -

Evidemment j’ai peur qu’il ait le sida

(il est si maigre et il ne fait pas l’amour)

 

8 -

Du coin de l’œil je la hais

Ses lèvres descendent

Mauvaise laine mauvaise haleine

« Promis j’arrête »

 

9 -

Cette nuit je l’ai cherché en courant j’ai ramé sur un fleuve.

Puis ma poitrine s’est ouverte sur chaque sein en deux fleurs de chaire et d’os comme des mains.

 

10 -

Un homme fait miaou en me regardant

(un pervers)

 

11 -

Un chien blanc comme un panda

 

12 -

A force de regarder

La mer penchait vers la montagne

Qui penchait vers la mer

 

13 -

Dans l’appartement l’eau monte

Et flottent des cadavres.

Il faut le rassurer il devient fou

Fait le mort et se retourne

Les dents poussées le visage horrible

Je le prends dans mes bras

Nous allons dormir dans la rue

Il y a des couvertures propres.

L’eau est descendue

Par terre des champignons

Et sur mes bras des taches bleues de moisi.

C’est très beau je vais filmer

J’ouvre la main des asticots sortent

 

*          *          *

 

Je lui ai dit tu as des yeux bizarres ils sont à l’envers

Il m’a dit oui bien vu

 

14 -

Une vie saine, disent-ils, pleins de parasites et puanteur.

 

*          *          *

 

Il était tout à fait stupide

                                    Assieds-toi là

La prétention édictée en Ville-Lumière

                        J’ai quelque chose à te dire

Je défendais l’amour simple

            Tu m’écoutes 

En chevalier

A Tristan

 

Et la bonne odeur de cendrier

 

15 -

les textures b

 

16 -

Hier soir en rentrant du bar

Nous voulions déchirer/filmer/shooter

Le fabriquant d’anges gratuits

Comme si…

De l’argent et l’ange.

Quand tu as bu

Les yeux ralentis et doux

Si ce n’est pas de l’amour ?

 

17 -

« Je m’en fous, je peux très bien rester seule. »

Répond-elle en souriant, le regard malicieux.

Elle disparaît de bon pas, elle fait jeune dans sa robe bleue.

Hors de vue (de sa vue) elle regarde objectivement l’objectif et s’éteint.

 

Puis, on peut regarder le paysage.

 

18 -

Andréa

Je la déteste parce qu’elle se prostitue

Mais je ne peux m’empêcher de désirer sa préférence.

 

19 -

« - Bonjour mon amour »

« - Bonjour ciel »

« - Soleil »

« - Ce que tu m’as manqué »

 

20 –

Quel plaisir d’être mordue

 

Faire l’amour à une fille

Dit-il

Dit-il

 

Quel plaisir d’être mordue

Et d’être fait l’amour par

 

21 -

l'agneau mechant

 

22 -

« Vous êtes ignobles »

Dit un de mes jeunes voisins homosexuel.

Mais tout le monde sait qu’il est amoureux.

 

*          *          *

 

Ce que m’a soufflé l’Africain en rêve

 

dans la tête

 

dans la nuque

 

dans le dos

 

Il dessinait une croix

Et je m’envolais

 

23 –

oiseau

 

24 -

Andréa pour qui vas-tu danser ?

Et tes yeux tout-à-coup-graves.

 

Dans un jardin sec

tôt

 

25 -

couple 1 b

 

26 -

Sa peau scintillait et elle était obsédée par Andréa.

Un jeune homme passa à vélo, la regarda en se passant la langue sur la lèvre.

Elle venait de refuser un recommandé, pour lequel elle avait fait deux aller retours, et après une longue réflexion, devant  la poste, immobile entre une poussette, un fauteuil roulant et deux pères détestables, avait pris la décision de s’asseoir là, à la terrasse de ce bar kabyle, le Café des Sports, à la table laissée vide, brûlante de soleil.

 

*          *          *

 

Ils ont de si grands sourires.

Je crois qu’ils sont dans la mer

« Tu enlèves le crapaud et tu mets un canon sur la pelouse »

 

27 -

Un chemin de terre accidenté.

Un homme marche à ma hauteur. Malgré mes efforts, nos vitesses sont les mêmes.

Un homme me siffle.

Je prends à gauche un chemin plus petit encore, qui m’amène dans un pré marécageux. Tout à coup je sens une douleur au bras.

Un grand serpent vert resserre ses anneaux, il a une tête de vipère et un corps de couleuvre. Je continue à marcher, me posant la question de sa nature ; je m’efforce de ne pas secouer mon bras, mais je ne peux pas m’en empêcher. Le serpent lâche et s’envole.

Une clôture sépare le pré des bords d’un canal.

Le sol humide est tout piétiné par deux enfants de trois ans, en couches, enfermés dans un petit enclos de grillage. Je salue la jeune femme qui les garde, elle est accompagnée d’un garçon de treize ans.

Je parle avec le garçon. Je voudrais partir avec lui, il le veut aussi. Nous marchons ensemble le long du canal, dans mon sac à dos j’ai un parapluie.

Mais je glisse dans la boue et tombe dans l’eau.

A cause de mon gros sac militaire je n’arrive pas à sortir de l’eau, le garçon essaie de m’aider mais il glisse à son tour. Nous regardons les passants au loin, une vieille courre vers nous mais c’est pour me lancer une pierre. Puis une femme s’approche et nous offre son aide.

Nous rions tous les deux, et je m’accuse de stupidité. Le garçon me contredit. Pourtant, lui dis-je, la première chose à penser est bien de détacher son sac à dos.

 

28 -

Une grande loterie au sol. Une multitude d’êtres (humains ?) en costumes de pieuvre, plongent dans l’eau noire.  Oui, l’humanité prend la forme d’une immense pieuvre blanche constituée, elle refait surface, les êtres se transforment de diverses manières et colorent en bleus, je vois se dessiner des éléphants, l’humanité, légère, prend résolument la route du ciel, sa trompe monstrueuse dressée, s’extrayant des liquides.

 

 

Mathilde Nègre – 2008/2012

Voir les commentaires

Rédigé par Mathilde Nègre

Repost0

Publié le 14 Août 2012

 

 

mere-devorante-1-b.jpg

        Mère dévorante 1, 2008

 

 

mere-devorante-2b.jpg

        Mère dévorante 2, 2008

 

 

mere-devorante-3b.jpg

        Mère dévorante 3, 2008

 

 

une-femme.jpg

                                      Femme, 2008

 

 

l-agneau-mechant.jpg

         L'agneau méchant, 2008

 

 

les-textures-b-copie-1.jpg

        Les textures calmes, 2008

 

 

K-leger.jpg

                                      K., 2008

 

 

oiseau.jpg

                                                 L'oiseau, 2008

 

 

connasse-dans-le-metro.jpg

                                      Connasse dans le métro, 2008

 

 

clochard-dans-le-metro.jpg

                                   Clochard dans le métro, 2008

 

 

couple-1-b.jpg

                       Couple, 2008

 

 

cables.jpg

        Câbles, 2008

 

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 17 Juillet 2012

Los chicos son como las flores

Les garçons sont comme les fleurs

 

photo-los-chicos-2.jpg

Vidéo

 

Tu sais, j’ai peur de mourir.

 

Les années ont passé,

Mais tu es restée la même.

Combien de fois avons-nous changé,

De ville, de travail, de vie,

Sans comprendre cette petite vérité,

Sans rien comprendre.

 

Les garçons sont comme les fleurs,

Ils n’ont pas besoin de notre regard pour exister.

Les garçons sont comme les fleurs,

Ils peuvent se regarder eux-mêmes.

 

J’ai peur de le tuer.

 

Tu es restée entre les meubles

Comme une reine.

Tu as continué, Sainte Bourrique,

Et je te vois, toi,

La pomme industrielle,

Qui ne peut pas s’arrêter de briller.

 

Les garçons sont comme les fleurs,

Ils n’ont pas besoin de notre regard pour exister.

Les garçons sont comme les fleurs,

Ils peuvent se regarder eux-mêmes.

 

Tu sais, j’ai peur de vivre.

 

Allons, amoureuse,

Allons toucher les chevaux noirs,

Les grands chiens,

Jusqu’à ce que la nuit explose,

Jusqu’à la disparition

Des miracles.

 

 

                                                   Mathilda Negra

                                              Madrid, mars 2011

 

photo-los-chicos-3.jpg

Lire la suite

Repost0

Publié le 16 Juillet 2012

Mathilde de Nègre

 

Vidéo

 

De mes années d’enfance

J’ai perdu l’espérance

Mais pas le goût

De ton odeur

Petit poney t’es tou-

Jours aussi beau

T’es doux

Au dessus des naseaux

 

Petit poney parle moi

Me laisse pas seule avec mes maux

J’ai tant d’amour à

Te mettre sur le dos

 

Lorsque je pleurais lorsque

J’étais triste à pleurer

Je t’appelais

Tu ne venais pas

Sauf pour du pain

Alors je t’en donnais

Et tu restais

Tant que j’avais du pain

 

Petit poney parle moi

Me laisse pas seule avec mes maux

J’ai tant d’amour à

Te mettre sur le dos

 

A chaque fois j’ai peur

Que tu sois mort mon cœur

Une bâche noire

Dessus ton corps

Les yeux crevés emplis

De mouches l’anus

La bouche

Le ventre comme un ballon

 

Petit poney parle moi

Me laisse pas seule avec mes maux

J’ai tant d’amour à

Te mettre sur le dos

 

On sent l’équarisseur

Arriver à l’odeur

Son camion sue

Un jus de mort

Par les pattes il t’attache

Il te soulève

Dans l’air

Ta tête pend et puis tu tombes

 

 

Mathilde de Nègre

14 juillet 2012

 

petit-poney.jpg

Vertu, Vérité et Shoura

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 30 Juin 2012

 

A propos des Bayonnales

 

Thomas-Lasbleiz.jpg

 

Les 1er, 2 et 3 juin 2012 s'est déroulé le Festival du Film Les Bayonnales du Grand Paris, Au Creux du Prestige...
Thomas Lasbleiz, réalisateur des Pêchers de Montreuil et coréalisateur de Si j'étais Sarkozy, deux films en compétition, était présent aux Bayonnales.
Il témoigne.

 

Comment intégrer le Collectif Bayonne Arrive ?

 

Thomas-Lasbleiz2.jpg

 

Parcours scolaire, épreuves d'admission et initiation, Thomas Lasbleiz, réalisateur, explique les différentes étapes d'intégration dans le Collectif Bayonne Arrive.

 

 

Interviews réalisés par Mathilde Nègre, à Paris, le 23 juin 2012

Voir les commentaires

Rédigé par Mathilde Nègre

Repost0

Publié le 22 Juin 2012

 

1 - Puisses-tu garder la chambre !

 

IMG_4107.JPG

 

A. me dit : « Tu es plus belle quand tu es nue. »

Je suis très gênée, parce que je ne suis pas nue, et je suis très gênée qu’il puisse croire que je me sois mise nue devant lui.

 

Il se tient à présent à l’autre bout de la pièce, mou comme un chien frappé, et je remarque qu’il a une tête de champignon.

 

Le cas de A., malheureusement, n’est pas exceptionnel.

A. est toujours un homme, plus âgé que moi, et repoussant.

Sa présence lancinante - il change régulièrement d’identité et de visage - a d’abord provoqué ma pitié, mon irritation, puis mon inquiétude.

 

Et voilà que son nouveau film passe sur moi.

 

Aujourd’hui c’est un film dans lequel j’aime A., je désire A. sans le lui dire, alors A. me fait l’amour.

Hier il y avait un film de bondage, dans lequel A. jouait le rôle du rigger. Il m’attachait avec des ficelles à viande.

 

Toute tentative est vaine de faire connaître à A. l’inquiétude désagréable que son attitude provoque.

 

De mon côté, j’en ai assez entendu.

 

Quand j’entre dans le pré de vaches que je ne connais pas, je prends un bâton.

Je ne tourne pas le dos au bélier.

J’aurais voulu que mon poney m’aime comme je l’aime, mais il ne m’a pas consolé quand j’étais triste, il m’a joué des tours, et si je continue de l’aimer, c’est en me méfiant de lui.

 

Je ne suis pas plus idéaliste s’agissant des A..

Quand l’un d’eux s’approche de moi, j’aboie, et tant pis si on me prend pour une chienne.

 

A., puisses-tu entendre cela que je te dis !

Puisses-tu garder la chambre !

 

 

2 – Effectivement, P. est dangereux.

 

IMG_4108.JPG

 

Il est une chose que certains adultes cherchent, parce qu’ils sont persuadés d’exister, à leur âge, comme des caricatures d’enfants.

 

P. s’était souvenu, bien plus tard, comment il se concentrait sur son cœur, sur sa tête, se faisant rayonner, de cette façon que l’hindouisme enseigne.

 

Il s’était senti fier, il pouvait raconter l’histoire de son retour.

Ce faisant il a omis la honte concomitante.

Car enfant il se cachait dans la nuit et n’en parlait jamais, jamais à personne.

A cette époque il rêvait de nudité, de défécation contrainte dans la cour de l’école, et c’était déjà parmi les plus grandes humiliations. Mais celle-là d’être découvert entrain de prier ne se rêvait même pas.

 

Au café, P. décrit les attitudes secrètes ; dans la rue il touche le bitume avec son front.

Je le vois souffrir de s’abaisser ainsi.

Le public ne le comprend pas et le craint.

Effectivement, P. est dangereux.

 

Peut-être il existe des cultures sans pudeur, en tout cas cet homme-là n’est pas né d’elles. La façon dont il raconte qu’il a partouzé, qu’il a niqué dans la rue - il le dit comme un punk crache - prouve que j’ai raison.

 

P., qui fréquente les ashrams, rend leur atmosphère très obscène.

 

 

     – Break

 

Si tu parles si mystérieusement que les autres peuvent comprendre ce qu’ils veulent, mieux vaut te taire !

 

 

3. – Pourquoi il est méchant

 

IMG_4110.JPG

 

Comment expliquer la méchanceté de Godard,

(cet homme très spirituel, et socialiste des origines - quoique confusément -)

Comment expliquer la méchanceté de Godard envers ceux qui l’aiment à cause d’aimer ses films ?

 

1 / Parmi les fans de Godard, dont l’amour est sincère, se cachent des A.

2 / La relation de Godard avec ses fans ne peut pas être une conversation, parce que son objet serait le secret de Godard

 

La méchanceté, bouclier protecteur du cœur étincelant de Godard, n’est autre que la condition d’existence de son œuvre.

On pourrait parler de l’odeur de Godard, qui est aussi une technique de protection.

 

 

Mathilde Nègre,

Paris, 20 juin 2012

 

Photos Lohengrin Lefevre

Voir les commentaires

Rédigé par Mathilde Nègre

Repost0

Publié le 15 Juin 2012

LES BAYONNALES DU GRAND PARIS,

AU CREUX DU PRESTIGE,

FESTIVAL DU FILM

 voir la vidéo

Caméra Cédric Mandil / Montreuil / 1er, 2 et 3 juin 2012

 

prix5

Voir les commentaires

Rédigé par Mathilde Nègre

Repost0